• Interlude

    Envoi d’un ami internaute, qui me demande si je suis très attachant :

    Réponse : Oui, seulement si on me le demande gentiment …!
  • Lire est un plaisir !

    Selon des études récentes :

    Le faire debout fortifie la colonne ;
    Sur le ventre améliore la circulation du sang ;
    Sur le dos est plus agréable ;
    Tout seul c’est bon ; mais égoïste ;
    En groupe peut être amusant ;
    Dans les toilettes c’est très digestif ;
    Le faire fréquemment développe l’imagination ;
    À deux, enrichit la connaissance ;
    À genoux, peut faire mal…
    À la fin, sur la table ou sur le bureau ;
    Avant de manger ou après le souper ;
    Dans le lit ou le hamac ;
    À poil ou habillé ;
    Sur le gazon ou le tapis ;
    Avec fond musical ou en silence ;
    Dans des draps ou dans le placard :
    Le faire, est toujours un acte d’amour et d’enrichissement.

    Peu importe l’âge, la race, les croyances, le sexe ;
    ou la position économique…

    … Lire est un plaisir !!!

  • Interlude d’été


    « Il est plus aisé de réfléchir dans une bibliothèque la nuit. Les bruits y sont étouffés, les pensées plus sonores. Je me sens moins tenu de respecter les ordres visibles pour réimaginer le monde. Le silence, la nuit, dans ma bibliothèque, est particulier, avec ces cônes de lumière qui m’enferment dans certaines zones de réflexion et de divagation. »

    La Bibliothèque, la nuit (The Library at night, 2006)

    par Alberto Manguel.

    Ecrivain de talent né en Argentine en 1948, devenu canadien en 1985, et français d’adoption depuis 2001. A conseiller Dictionnaire des lieux imaginaires – éditions Actes-Sud ou La Bibliothèque de Robinson, Autoportrait d’un bouquineur éditions Leméac, « L’Écritoire », 2000.

  • Interlude de printemps

    Il est de notoriété publique que tous les livres ont une odeur. C’est ce qui fait non seulement leur particularité mais aussi la joie du lecteur lorsqu’il ouvre un roman, un manuscrit ou une chronique. Chaque écrit a son histoire, mais aussi son odeur propre, un peu comme les vins qui ont une robe et un arôme qui les rend si unique. C’est cela qui manque si cruellement aux livres électroniques… Mais qu’à cela ne tienne ! Un site de vente en ligne a annoncé que bientôt les clients recevraient, en plus de leur achat, un ensemble de pastilles odoriférantes…

    Une fois le sticker collé sur l’ordinateur, il donnera l’apparence que le lecteur tient en main un vieux bouquin. L’odeur d’un livre est par ailleurs essentielle, un sondage effectué auprès de 600 étudiants l’a prouvé. L’étude a été menée par un grand institut de sondages marketing (Zogby International) et montre que 60% des étudiants préfèrent acheter un ouvrage d’occasion plutôt que d’acquérir des e-books, bien que ceux-ci soient un tiers moins chers.

    Illustration de Jim Warren

    Car tout ouvrage dégage des odeurs caractéristiques, qui est à mettre en relation directe avec le traitement qu’il a reçu, de même qu’avec les conditions dans lesquelles il est conservé. Et notre petit scientifique de développer une méthode reposant sur l’identification des odeurs d’un livre. Onze composants ont été mis en relation avec les qualités du papier, qui pourraient être utilisés pour les archives, les musées et les bibliothèques du monde entier …

    Mais ce qui est particulièrement innovant dans la méthode de notre chimiste c’est que la plupart des méthodes de datation ou d’analyse d’un livre sont destructrices parce qu’elles nécessitent que l’on ampute un morceau de page, ou que l’on en utilise une partie. En reniflant simplement, c’est un procédé totalement inoffensif que l’on découvrirait.

    Read a book. Shoot a photo.
    Read a photo. Shoot a book.
    (Lisez un livre. Prenez une photo. Regardez une photo. Sentez un livre)
  • Interlude d’hiver

    Tous les prodiges et toutes les trahisons

    Résultent de notre main.

    Elle nous exprime et nous condamne ;

    Nous défend et nous livre.

    Elle bâtit et détruit.

    Elle participe à nos amours.

    Elle ordonne et supplie.

    Elle bénit.

    Mais, plus que tout : elle écrit.

    Frédéric Dard
    In « Les secrets de votre écriture » de Roger Morot,Editions SOLAR, 1979.

  • Interlude d’automne

    … Durant presque une demi-heure, je déambulai dans les mystères de ce labyrinthe qui sentait le vieux papier, la poussière et la magie. Je laissai ma main frôler les rangées de reliures exposées, en essayant d’en choisir une. J’hésitai parmi les titres à demi effacés par le temps, les mots dans des langues que je reconnaissais et des dizaines d’autres que j’étais incapable de cataloguer.
    Je parcourus des corridors et des galeries en spirale, peuplés de milliers de volumes qui semblaient en savoir davantage sur moi que je n’en savais sur eux. Bientôt, l’idée s’empara de moi qu’un univers infini à explorer s’ouvrait derrière chaque couverture tandis qu’au delà de ces murs le monde laissait s’écouler la vie en après-midi de football et en feuilletons de radio, satisfait de n’avoir pas à regarder beaucoup plus loin que son nombril.

    Est-ce à cause de cette pensée, ou bien du hasard ou de son proche parent qui se pavane sous le nom de destin, toujours est-il que, tout d’un coup, je sus que j’avais déjà choisi le livre que je devais adopter. Ou peut-être devrais-je dire le livre qui m’avait adopté. Il se tenait timidement à l’extrémité d’un rayon, relié en cuir lie-de-vin, chuchotant son titre en caractères dorés qui luisaient à la lumière distillée du haut de la coupole. Je m’approchais de lui et caressai les mots du bout des doigts en lisant en silence : L’Ombre du Vent – Julian Carax.

    Je n’avais jamais entendu mentionner ce titre ni son auteur, mais cela n’avais pas d’importance. La décision était prise. Des deux côtés. Je pris le livre avec les plus grandes précautions et le feuilletai, en faisant voleter les pages. Libéré de sa geôle, il laissa échapper un nuage de poussière dorée. Satisfait de mon choix, je rebroussais chemin dans le labyrinthe, le volume sous le bras, le sourire aux lèvres. Peut-être avais-je été ensorcelé par l’atmosphère magique du lieu, mais j’avais la certitude que ce livre m’avait attendu pendant des années, probablement bien avant ma naissance…

    Carlos Ruiz Zafon : L’Ombre du vent, Livre de poche 30473, 2006. Pour son quatrième roman, simplement 15 millions d’exemplaires vendus à ce jour … A lire sans tarder, un chef d’oeuvre !

  • Interlude d’été

    J’entretiens avec mon grenier une bien étrange relation. C’est l’endroit où je range mes livres dans un désordre monstrueux. Ceux que j’ai lus et ceux (assez nombreux) que je me suis promis de lire un jour. Plus tard. Peut-être jamais. Quoi de plus fantaisiste qu’un lecteur faisant une promesse ?

    Quand mes amis voient ma bibliothèque, tous ouvrent des yeux grands comme ça !
    Comment fais-tu pour t’y retrouver ?… Mon grenier-bibliothèque est un voyage au centre de nulle part, le paradis de ma mémoire, le seul endroit sur terre où le mal n’existe pas. Comment certaines personnes ont pu faire brûler des livres ?
    Comment certaines autres peuvent penser que la culture n’est pas importante, au point de vouloir détruire ce qui fait la force d’une civilisation, l’enseignement, le savoir et le partage des chances ?

    Ma vie a toujours été un livre. Un livre qu’on emprunte parce que l’envie vous vient. Parce que vous allez le lire. Parce qu’il est urgent de lui niquer les mots comme on défeuille une rose triste ou un être solitaire. Parce que, au hasard d’une rencontre de grenier, culpabilité oblige, on lui adresse un mot d’excuse, lui susurrant entre les pages : « il faut qu’on finisse par se faire une bouffe un de ces quatre… Promis-juré !… » Puis vous filez chez le voisin, un oublié de l’obscur, une lumière éternelle, à qui vous proposez le même deal…

    Qu’il est difficile de promettre quand la vie manque de temps !

    Mon grenier-bibliothèque est un dépôt. Une voie de garage. Un carrefour pour le hasard. Un regard sur mon plaisir et sur ma honte. Trop chaud en été. Trop froid en hiver. Jamais à la bonne température par manque de moyens. Mais, dans toute sa modestie, il dégage une loi, unique et universelle : ce qui est à moi est à nous. Depuis, je n’arrête pas d’aller chercher dans mon grenier des gens que j’aime bien. Des auteurs qui n’ont plus la faveur des vitrines et qui méritent l’honneur du présent, parce que pendant que l’histoire leur faisait dessus, dans une cave, ils ne pensaient qu’à une chose : écrire, résister, partager, rêver… S’envoler pour échapper à la barbarie de quelques débiles ! Trouvé sur le Net, auteur anonyme mais qui aurait pu être moi !