• J’irai cracher sur vos tombes

    Voici certainement une des plus belles curiosités éditoriales des années cinquante.

    A la demande de Jean d’Halluin qui vient de monter les éditions du Scorpion, Boris Vian écrit durant l’été 1946 lors de deux semaines en vacances en Vendée « J’irai cracher sur vos tombes » (1). L’ouvrage devait s’intituler « J’irai danser sur vos tombes » mais Michelle sa femme lui fait rectifier le titre, plus percutant. Il prend pour se protéger le pseudonyme de Vernon Sullivan dont il se dit le traducteur.

     1. Editions du Scorpion, EO du 8 novembre 1946

    Sortie le 8 novembre 1946 aux Editions du Scorpion (120 exp. sur Lafuma Navarre annoncés mais jamais imprimés). L’ouvrage est traité de bassement pornographique par la critique, ce qui en fait un succès (on parle de 110 000 exemplaires). L’ouvrage restera interdit jusqu’en… 1968 !

    Carte de la Sacem de l’auteur, aussi compositeur de musiques, 1951

    On trouve sur certaines rééditions (2) de cet ouvrage la prochaine publication de l’édition originale dont le titre serait en anglais « Ye shall defile and destroy them ». Pour embrouiller le tout, un journaliste américain publie dans Newsweek du 24 février 1947 un article sur Vernon Sullivan qui serait un traducteur noir originaire de Chicago et vivant à New York !

     
    2. Réédition aux éditions du Scorpion, 1946 et 1948

    Par peur d’être condamné pour outrage aux bonnes mœurs, Vian et un ami GI américain Milton Rosenthal font circuler un « faux », traduction en anglais soit disant parue outre-atlantique : I shall spit on your graves, sans mention d’éditeur, très rare (3).

    3. Première version en anglais, sans mention d’éditeur

    On retrouve cette traduction au printemps 1948 sous le label « The Vendôme Press – Paris » (4). En mai 1950, Vian est condamné à 100 000 francs d’amende et trois mois de prison, qu’il ne fera pas.

    4. Seconde traduction anglaise, The Vendôme Press, 1948

    Ce titre se retrouve sur le programme de la pièce en 3 actes écrite par
    Boris Vian et illustrée par 17 dessins de Jean Boullet. La pièce est
    jouée au théâtre Verlaine en avril 1948 (5).

    5. Programme du théâtre Verlaine.

    Afin de faire parler dans le petit milieu des connaisseurs et amateurs, Jean d’Halluin propose en 1948 une édition numérotée sortie à 950 exemplaires sur papier alfa (6) et illustrée par Jean Boullet.

    6. Edition de luxe sur papier alfa

    Elle est suivie par un tirage (de 200 exemplaires réservé aux souscripteurs) aux éditions de Stockholm (7), faussement datée de février 1949 afin de brouiller les pistes. Sans doute par l’éditeur Eric Losfeld. Dos vierge.

     7. Edition de Stockholm, 1949 (mais je n’y crois pas…)

    Des versions dites « pirates » verront le jour quelques années plus tard : vers 1958, une édition parait aux éditions Trompinette (8) (peut-être encore Losfeld – sans preuves pour l’instant).

     8. Edition Trompinette, vers 1958.

    Chez Seghers en 1959 (9) parait le scénario d’un film avec Jean Dopagne. Quelques jours avant sa mort, Boris Vian accepte que la romancière F. D’Eaubonne écrive une nouvelle version de son roman.

     
    9. Editions Seghers par Françoise d’Eaubonne, 1959.

    Ironie de la vie, Boris Vian décède dans la salle de spectacle qui propose la première de l’adaptation cinématographique du livre – qu’il désapprouvait profondément – le 23 juin 1959.

    Enfin une édition parue (en 1960 ?) juste après la mort de Boris Vian aux Editions des Gémeaux à Bruxelles, sans date (10). Mystère éditorial !

     
    10. Editions des Gémeaux, Bruxelles, sans date.

    Avouez que l’histoire de cet ouvrage n’est pas banale !
    Je ne vous parle pas des multiples rééditions parues depuis…

    Petite correspondance : Merci à Laure G. d’avoir corrigé mon erreur !

  • Revue Pan

    Pan, c’est avant tout le dieu protecteur des bergers et des troupeaux dans la mythologie grecque. Puis au cours du temps le dieu est devenu un satyre avec des pattes de bouc, des cornes et sa célèbre flûte … de Pan !
    Plusieurs revues et journaux à travers le monde ont pris le nom de « Pan ». En France, on en compte une tripotée à partie de la fin du 19° siècle, citons aussi en exemple le « Pan » allemand très connu (voir ci-dessous).

    Pan allemand, 1895

    Aux Etats-Unis, il existe aussi dans les années 30 un mensuel traitant du monde du spectacle :

    Pan américain, 1930

    Pan allemand nouvelle version, 1926

    A Lyon en 1945 une revue « Pan, Artistique, satirique et littéraire » parait pour un numéro unique.

    Puis en 1947 sous le label des Editions Document 48 ou Sté des éditions du Cavalier Français (27 rue Tronchet à Paris et rue de la Charité à Lyon) ressort « Pan, Magazine de la vie Parisienne » avec comme rédacteur en chef  R. Polack :

    Ce mensuel traite de la vie artistique parisienne en proposant des critiques d’expositions et d’oeuvres diverses. C’est aussi le ,moyen qu’ont trouvé des artistes lyonnais pour s’imposer dans la capitale après-guerre. En effet, les principaux contributeurs se nomment Louis Touchagues (peintre lyonnais), Jean-Albert Carlotti (metteur en scène, costumier et décorateur de théâtre – lyonnais), Yvan Audouard, Lucien Boucher (affichiste), Regino Bernad (dessinateur du Saint pour Fayard) etc… mais aussi une nouvelle de Boris Vian.

    Après une vingtaine de numéros, le mensuel tourne à la revue de pin-up avant de disparaître sous les foudres d’une interdiction par un arrêté du 28 août 1950.

  • Editions du Scorpion

    Je vous ai déjà parlé dans ce blog des Editions du Scorpion avec ses couvertures réussies et ratées … ici. Revenons maintenant à la tête de collection de cette maison d’édition fondée en août 1946 par Jean d’Halluin. Pourquoi le Scorpion ? C’était le signe astrologique de sa femme !

    Particularité de cette jeune maison d’édition : elle fournit des catalogues dont les titres n’existent pas toujours … mais surtout elle permet à Boris Vian de publier ses premières œuvres signées Vernon Sullivan. On retrouvera dans cette maison Raymond Queneau sous pseudonyme, ainsi que Raymond Guérin et Léo Malet.

    Je ne vous raconte pas tout mais vous propose de lire cette magnifique étude fouillée de François Darnaudet parue sur le site de Polar Noir ici.
    Cette maison fermera en 1969 après avoir publié presque 300 titres.

    Lire aussi la revue Capharnäum n°4 (Ed. Finitude) consacrée au Scorpion et à Jean d’Halluin.

    Indices très élevés pour certains titres (I shall spit on your graves (Vernon Sullivan) : 10/10) plus courants pour les autres (entre 4 et 6/10).